
Quelle surprise de te trouver là, au beau milieu de ma boite mail, glissé entre les dernières ventes privées et l’annonce de la grève de cantine… Quel bonheur, quel délice de te lire ! Le titre de ton mail présageait déjà du meilleur, je n’ai pas été déçue de ma lecture. C’est que je n’attendais plus de tes nouvelles, après toutes ces années ! Je me suis inquiétée… N’avais-tu pas reçu ma précédente missive ?
Je te l’accorde, ça commence à dater. Un peu plus de quatre ans je crois. 2021. Je te faisais part de ce mal qui m’était tombé dessus, comme ça, sans prévenir. J’étais perdue, je t’implorais de m’aider… mais tu ne m’as jamais répondu.
Oui, c’était la période, inutile de me le rappeler. Je ne l’avais pas vu venir pour autant. Aucun signe avant-coureur. Rien. C’est arrivé comme ça. Bien sûr, il y avait quelques cas dans mon entourage. De plus en plus, certes. Ils tombaient tous autour de moi, depuis 2020. Mais comme beaucoup, j’étais dans le déni. Je ne voulais pas voir. Je ne pouvais, littéralement, pas voir. Insouciance de la jeunesse : jamais je n’aurais pu imaginer être un jour moi aussi concernée. Oh, ne dis rien, je sais : j’aurais dû me protéger mieux. Utiliser du gel. Mettre des masques. Manger cinq fruits et légumes par jour. Des gestes barrières simples qu’on pensait tous – surtout nous, les jeunes – inutiles. Si j’avais su…
En réalité, je n’ai pas compris tout de suite ce qui m’arrivait. ll m’a fallu un certain temps avant de sortir du déni, et de poser le diagnostic. Impossible pourtant d’oublier le premier symptôme, ni le choc qu’il a provoqué. Crois-moi Ameli : aujourd’hui encore, le trauma reste intact.
C’était un matin de septembre…
Je m’étais levée comme d’habitude. Guillerette et d’une merveilleuse humeur. J’avais ouvert les volets en chantant, je m’apprêtais à descendre en dansant… Comme souvent, j’ai machinalement attrapé mon téléphone pour vérifier les promos mes mails pros ; c’est à ce moment-là que j’ai constaté l’abomination. Mon bras s’était RACCOURCI.
Comme ça. D’un coup. Il était devenu trop court pour que je puisse déchiffrer mes messages. Évidemment, j’ai paniqué. J’ai immédiatement testé l’autre bras : trop juste, lui aussi. Si tu savais Ameli… J’ai eu tellement peur.

J’ai tout lâché. J’ai regardé mes mains, mes poignets. J’ai pensé aux bébés et à leurs tout petits bras, c’est trop mignon mais sur une fringante trentenaire comme moi bof-bof ; alors j’ai essayé d’attraper mes mains au-dessus de ma tête pour vérifier qu’il y avait encore un peu de longueur, que je n’étais pas en train de faire un syndrome Benjamin Button. J’ai réussi, ça m’a un peu rassuré, j’ai soufflé pour me calmer.
J’ai fini par reprendre le téléphone en me disant que j’étais peut-être juste mal réveillée. Je l’ai tenu à bout de bras, mais non. Je ne voyais toujours rien. Flou total. Mes bras étaient définitivement devenus trop courts…
C’était improbable et j’avais évidemment du mal à y croire, mais, tu le sais mieux que moi, il se passait tellement de choses folles à cette époque ! Je me suis évidemment demandé si ce n’était pas un effet secondaire du vaccin – depuis l’injection certains avaient bien des microprocesseurs dans l’épaule quand d’autres étaient devenus magnétiques – et je me suis dit que je n’étais peut-être pas un cas isolé. Alors j’ai voulu me renseigner chère Ameli, et je t’ai écris… Sans succès 🙁
J’ai donc cherché seule, la cause de ce mal qui me rongeait (les bras). De longs mois d’errance, de recherches, de rencontres de spécialistes au hasard : kinés, chirurgiens orthopédiques, médiums et psychopraticiens en tout genre. C’est lors d’un bête contrôle chez l’ophtalmo que j’ai enfin pu y voir clair (tu noteras au passage le subtil jeu de mot) : j’avais simplement contracté la quarantaine, et son accolyte presbytie. Le seul troubel visuel qui touche aussi les bras. Le premier déclin de l’âge, le lot de beaucoup de quadras… Du moins, c’est ce que je pensais.
Alors bien sûr, quand j’ai lu ton mail Ameli, j’ai bondis. Que n’ai-je découvert ! L’ensemble de mes maux ne seraient pas liés à la quarantaine mais le simple fruit de mon entrée en « périménopause » ?! Quel abominable nom d’ailleurs ! Tu ne trouves pas ? Ça commence exactement comme périmée….
Coincidence ? Je ne crois pas…

C’est d’ailleurs l’objet de ton courrier, n’est-ce pas ? De m’avertir. De me dire « Oula oula, fais gaffe meuf, bientôt la DLUO » ? Et subtilement (très, mais j’y reviendrai) de lever le voile sur ce qui m’attend – voire, de m’ouvrir les yeux sur ce que je traverse déjà et avais, sotte que je suis, attribué à d’autres facteurs… (comme la presbytie).
Tu vois Ameli que je t’ai lue. Mieux que ça même. Je t’ai dévoré… J’ai lu et relu ton gentil mail. J’ai cliqué sur tous les liens, j’ai épluché chaque page que tu avais patiemment écrites pour moi. Et j’ai compris… Vraiment. J’ai compris tous les mots, j’ai bien compris, merci.
C’est qu’aux toubles visuels – aggravés par la préménopause donc – s’ajoutent une myriade d’effets secondaires que tu me détailles… avec cette grande délicatesse qui te caractérise, Ameli.
Je te cite :
- Des douleurs aux articulations, surtout le matin ou après une longue période sans bouger
- Des troubles génito-urinaires, des fuites urinaires et/ou envie plus fréquente d’uriner
- Une modification de la silhouette avec fonte des muscles et le plus souvent, une prise de poids
- La chute de cheveux, une sécheresse de la peau, la présence de poils disgracieux au visage
Je ne te cache pas qu’à ce stade de ma lecture, il m’a déjà fallu faire une pause. J’ai failli tout quitter – à quoi bon étant donné le sort qui m’attendait – et puis, je me suis dit : Quitte à avoir des poils, autant que ce soient ceux de la bête, alors courageusement, j’ai repris.
Tu évoques donc ensuite, en vrac : des bouffées de chaleurs, des palpitations cardiaques, de la constipation, une sensibilité aux odeurs et aux bruits, des migraines, une sécheresse vaginale… Mais aussi, une baisse de la libido.
Deuxième choc ! Car avec ce dernier point, ma chère Ameli… tu allumes un phare dans ma nuit. J’ai été si naïve… Je peux bien te le dire maintenant, l’idée que cette baisse de désir puisse venir d’une relative perte d’attractivité de nos congénères masculins du même âge m’a effleurée plus d’une fois… Quelle gourde n’est-ce pas ? C’était simplement une question d’hormones ! Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt… Comme au boulot finalement ! Là où la femme se périme et se flétrit dès 40 ans, l’homme, lui, ne bouge pas. 38, 40, 45, 50 ans ? Les. Mêmes. Il suffit de regarder cette photo : bien maligne celle qui saurait leur donner un âge. Évidemment, ça ne pouvait pas être ça.

Ameli, Ameli… je ne te ferai pas croire non plus qu’avec tout ça, je n’ai pas eu peur… Bien sûr que j’ai eu peur. Peur de moi, peur de mon propre corps. Je savais déjà qu’il fallait s’en méfier – on le sait toutes – et puis tu me l’avais déjà signifié à l’adolescence, pendant la grossesse et tant d’autres fois… Alors forcément, je me suis demandé comment le contrer. Comment faire pour atténuer tout ces symptômes et ces foutues hormones. Mais là encore, tu as su trouver les mots…
Quel soulagement de lire tes conseils sur la préménopause, Ameli…
Je te reconnais bien là. Toujours prête à rendre service. Oh, je ne suis pas naïve, tu sais. Je connais les enjeux de la prévention. C’est notre intérêt à tous, n’est-ce pas ? Toi : faire quelques économies sur les consultations compulsives des quadras hystériques qui s’inquiètent pour un rien ; nous : arrêter de stresser pour ce coeur qui s’emballe tout seul ou pour ces quelques poils au menton apparus en même temps que ces 12 nouveaux petits kilos. D’autant qu’à te lire, quelques gestes simples suffisent pour enrayer la machine. Je me permets de te citer à nouveau :

Ouf. Merci pour ces brillantes idées : c’est qu’il fallait y penser. D’autant plus astucieux que ce sont les mêmes conseils que tu m’avais transmis quand j’étais enceinte, ceux que tu donnes à mes enfants et aussi à mon père, tiens ! Mais… on pourrait donc tous s’y mettre ensemble ? Drôlement malin ! J’aime mieux te dire que je suis déjà en train de préparer mon planning, s’il suffit de marcher bouger bien manger pour s’éviter tout ça… !
Mais dis-moi Ameli, je me demandais…
As-tu prévenu mon employeur ? C’est qu’il va falloir que je me dégage du temps pour écouter mon corps et faire ma petite marche quotidienne… Ouais je sais, il faut travailler plus pour gagner moins surtout quand on est une femme de plus de 40 ans cotiser. Autre idée, sinon : pendant que je vais pratiquer mon activité physique plusieurs fois par semaine, tu peux peut-être venir garder les enfants ? Oh ce n’est rien de très compliqué, il y a l’école et les devoirs, les repas à préparer, quelques rdv médicaux que tu ne cesses de me rappeller, et puis il y a les activités (eux aussi doivent bouger). Rien que 8 à 10 petits créneaux hebdo en moyenne, rarement les mêmes évidemment. Tu feras gaffe aussi à ne pas les laisser trop longtemps devant les écrans (je sais que tu sais), c’est important.
Pour ce qui est de l’alimentation, j’ai aussi besoin de toi. Pourrais-tu me faire les courses de la semaine, disons au moins une fois, pour que je vois ? Un drive, si tu veux, ça ira. Quelques petites consignes (et je te laisse prendre ce que tu veux, en dehors de ça). On limite fortement le pain, les pates, le riz, les pommes de terre, les biscuits, le chocolat, les fruits de mer (Cadmium). On évite aussi le thon (mercure), le saumon (polluants eternels) le poisson d’élevage (antibio) et le sauvage (surpêche). Pas de produits transformés s’il te plait (perturbateurs endocriniens) ni de charcuterie (nitrites) – Molo sur la viande (pas écolo), le gluten et le lactose (allergisants), et bien sûr – ce n’est pas à toi que je vais l’apprendre – on s’attache à choisir des aliments pas trop gras, trop sucré, trop salé. Si tu peux, privilégie le bio – mais pas de l’autre bout du monde et à un tarif raisonnable – c’est qu’avec l’inflation le budget s’en ressent ! Et comme il faut bien sûr penser aux enfants, il faudra que les menus leur conviennent également. Je te donne un tuyau : ils ne sont pas fans des légumes mais adorent les patates, les pates, le riz, le jambon, le saucisson. Et puis ausi le thon et le saumon. Bref, je te fais confiance, ça ne devrait pas être si compliqué tu verras.
Dernière chose Ameli, au sujet des horaires réguliers… Pourras-tu donc m’aider à faire le ménage et les lessives, plier ranger repasser ? Parce que j’avoue, ce sont des activités que j’adore faire en soirée. Même si parfois, il me reste un peu de boulot, je résiste rarement à l’envie de sortir mon éponge ou de trier un placard ! Résultat, je me laisse emporter et hop ! Déjà minuit, je ne vois plus le temps passer… Je suis tellement excitée que pour me calmer, je suis parfois obligée de faire 2-3 formalités administratives – il y en a si peu – en écoutant les bonnes nouvelles à la radio – il y en a tant – avant d’aller me coucher.
Alors tu vois Ameli, quand tu me parles d’anxiété, de fatigue persistante et de troubles de l’humeur…
– qui sont même les premiers symptomes que tu évoques (je te re-re-cite : L’anxiété, les perturbations du sommeil, « les pertes de mémoire, et les difficultés de concentration appellées « brouillard mental » ainsi que cette fameuse « fatigue persistante dans la journée pouvant entraîner des troubles de l’humeur) : je suis ravie de découvrir que ce ne sont, en réalité, que mes hormones qui me jouent des tours ! Parce que c’est vrai, il m’est arrivé d’en douter. De penser que j’étais juste usée par ce monde de tarés…
Rien à voir avec notre vie de dingue alors ? Me voilà donc rassurée.

Je dois tout de même être honnête Ameli… Malgré toutes tes précautions de langage, te lire n’a pas vraiment attenué ce fond d’anxiété. Car, si je devais traduire en d’autres termes ce que tu tentes de me dire avec la plus grande élégance, c’est qu’en plus d’être désormais bigleuse, je dois maintenant m’attendre à devenir folle, débile et plutôt dégueulasse. Et qu’à part aller faire une petite marche rapide dans les rayons des supermarchés bios (ce qu’aucune quadra ne fait jamais c’est vrai), il n’y aurait pas grand chose à faire ? Quelle réjouissante perspective ! Parfait pour mes troubles de l’humeur.
C’est pour ça que je me permets de te lister ces quelques petites idées auxquelles tu pourrais contribuer. Traiter vraiment le travail des femmes dans son ensemble par exemple, aider un peu plus les mères, et peut-être t’occuper des 2-3 petits sujets sur l’alimentation… Tu vois ? Essayer de prendre le problème… à la racine, qu’en penses-tu ? Tu ne crois pas que ça pourrait aider ? Imagine les économies : si en plus ça ne profitait pas qu’aux périmé-nopausées… Ce serait foufou, non ?
Tu vois Ameli, on est pas mal à avoir reçu ton courrier. Et je crois qu’on est pas mal à être saoulées. Oh je sais, nous ne sommes que de pauvres quadras fatiguées, bien trop engluées dans notre « brouillard mental » pour faire la révolution… Mais tout de même, à ta place, je me mefierais de tes fausses bonnes idées. Alors je te glisse, à mon tour, un petit conseil. Fais-donc un peu plus attention quand tu nous écrit. Un jour, ça pourrait mal finir… Je ne sais pas, moi… Imagine qu’on ne soit plus les seules à être irritées. Que tu dérailles complétement, et qu’un jour, te vienne l’idée saugrenue d’écrire aux jeunes de 29 ans pour leur suggérer de faire des enfants, en détaillant les problèmes d’infertilités… et en leur suggérant eux aussi… de bien manger. Peut-être que ça pourrait finir par tous, tous, nous énerver…
En attendant, je me permets de supprimer ton mail et de me plonger dans les ventes privées… Je cherche un truc pour me raser.
Merci Ameli, bisous, et bonne journée.

2 comments
J’adore !!!! Merci Vivi, et merci Améli !!!
J’adore !!!! Merci Vivi, et pas merci Améli !!!